Vernus Anima

Entrez sur une terre inconnue.

Les Villes Importantes

Balgarth

Le voilà...le jour du départ.

La caravane est prête, nous partons pour le plus grand voyage de notre vie, laissant derrière nous Balgarth, la capitale de notre si cher empire.
Les chevaux sont attelés, mais nous tardons; Dure de se dire qu'il nous faudra attendre un an avant de revoir notre cité...
Les bêtes hennissent d'impatience, le convoi s'ébranle...en route.
Nous passons devant quelques paysans qui nous regardent, curieux, puis nous abandonnons les champs, signe que nous venons de quitter notre province.
Je me remémore notre ville, dans ces moindres détails...ces majestueuses tours reliées par passerelles, surplombant les larges rues pavées du centre ville. L'immense parc encerclant l'hôtel de ville et les appartements de l'empereur, les places occupées chaque jour par les marchés, les cérémonies et les parades...
Mes balades nocturnes me manqueront aussi, éclairé par la douce lumière diffuse grâce à chaque lampes de fer forgé. Même les quartiers de la périphérie me laissent comme un vide ; les tavernes de mauvaises fréquentation, les marchés noirs, toute cette excitation que j'ai lorsque je traverse ces ruelles sans savoir ce qu'il peut m'arriver, mais en entendant le bruit réconfortant des pas de miliciens s'assurant du bien être de tous, faisant respecter l'ordre grâce à leurs descentes dans des repères de rebelles, vidant des auberges ou l'alcool faisait des siennes, condamnant voleurs et escrocs... Nombreux sont ceux qui ne sont pas inquiétés de tout cela, mais au moins, les honnêtes gens se sentent en sécurité.
Infortuné est celui qui ne verra pas notre ville de sa vie. L'exemple même de l'uniformisation, le modèle de la richesse et de la puissance de l'empire. La popularité de la cité n'est pas prête de baisser, tant mieux pour moi, le commerce ne pourra qu'être meilleur à mon retour.
A propos, je me nomme Kabal Al Mek, humble marchand du Négoce, et comme vous l'avez peut être comprit, je me lance dans le voyage qui me mènera aux plus grandes villes de l'empire. J'espère qu'ainsi tout mon barda sera écoulé, et que, pourquoi pas, je deviendrai détenteur de biens plus précieux.

Je caresse à l'encolure l'un des deux étalons qui vont traîner ma caravane jusqu'à bon port, et cela me fait penser à ce que je vais découvrir, ma nostalgie s'évanouit, vivement la première étape !

Fort Gorgoroth

Voilà une lune que nous avançons, traversant villes et bourgades, toutes édifiées selon les même règles instaurées par l'empire ; Des routes larges permettant un transport aisé des marchandises, des bâtisses droites, ordonnées et quelque peu espacées, toutes dirigées vers le cœur des villages, et les champs situés en périphérie...
Toute cette uniformisation est frappante, cependant, les choses ont été bien faites, de sorte que chaque cité, bourg et patelin garde un charme qui lui est propre.
Mais passons, ce voyage n'a pas pour but de s'attarder sur ces lieux insignifiants. Nous visons bien plus, certaines cités ont des intérêts mercantiles largement plus intéressants...
D'ailleurs, à quelques lieux se dessine l'une d'entre elles... Gobopolis, ou faute de vente, le troc se fait bon train. Plus que deux ou trois heures et nous aurons notre première impression sur cette ville essentiellement gobeline.

Euh...la je ne trouve qu'un mot...le foutoir.
Et c'est peu dire, nous ne restons même pas cinq minutes...A peine arrivés, nous manquons de nous faire " piétiner" par une quarantaine de ces êtres miniatures, ce qui paradoxalement, pourrait en temps normal prêter a sourire, mais la...
Peu fier d'être passé à deux doigts de nous écraser, en voilà d'autres qui courent en baragouinant que le marché ouvre ses portes, poursuivis par plus de cinquante de leur congénères attardés pressés de vendre leurs dernières trouvailles...Et ca, ce n'est que deux des situations les plus remarquables qui se passent dans la ville. Je ne parle même pas des quatre crétins qui s'amusent à balancer des boules de métal en plein milieu de l'avenue principale, manquant d'aplatir des dizaines de pieds en hurlant des " tu tires ou tu pointes ? ! "
Et la ville...quelle ville...Je vous ai parlé d'une avenue principale mais en fait, je ne sais pas du tout si c'est vraiment une avenue. Le sol est tellement cabossé que des casques, trouvés sûrement dans je ne sais quelle décharge, ont étés calés dans les trous afin de permettre aux chariotes rafistolées de ne pas massacrer leurs roues d'avantage...
Je me retourne, les yeux grands ouverts, encore stupéfaits par ce que je viens de voir, évitant de justesse la balle d'un tromblon. L'heureux possesseur de cet objet, affalé dans un reste d'échoppe à cause du recul, venant de tirer au hasard dans la foule, probablement afin de tester sa nouvelle acquisition.

Direction Fort Gorgoroth...

Quatre jours de marche, et nous mettons notre premier pied dans l'enceinte de la ville. Dépassant la muraille courant sur plus de 8 lieux, nous entrons, sans toutefois subir un contrôle. Malgré l'allure militaire et indépendante de Gorgoroth, le fort appartient tout de même à l'empire, se soumettant donc aux lois régissant la libre circulation.

Un pas, toujours aucun gobelin à l'horizon...pas de petites créatures sur un toit en train de s'amuser avec un hachoir ou je ne sais quoi...
Un deuxième pas, je suis toujours en vie... En fait, j'ai l'impression d'être de l'autre coté du continent, à plus de 15 lunes de gobopolis. Malgré le fait que cette ville soit toujours en plein cœur des terres vertes, elle ne ressemble en rien à ce que nous avons pu voir quelques jours plus tôt...tant mieux.
En effet, ce que j'ai devant les yeux, est tout à fait représentatif de la force militaire passée de la race orc. Bien que l'on croise autant d'elfes, d'humains ou de gnomes que de peaux vertes, l'on se croirait vraiment hors de l'empire.
Les hautes tours de garde en pierres noires ; Les bâtiments, de plus en plus élevés à mesure que l'on s'approche du centre de la cité, permettant ainsi de protéger bien plus facilement la ville lors d'une attaque, signe de la grande connaissance stratégique des orcs ; La garnison, certes bien plus réduite que celle de Balgarth, mais trois fois plus armées...et la, face à moi, pour couronner le tout, le plus important quartier de la Hache d'Argent que je n'ai jamais pu voir...Même la richesse du Négoce fait pale mine devant celle ci ! En même temps, c'est ici qu'ils trouveront le plus de monde apte à aller au combat.
Nous marchons dans les rues droites de la cité, et en regardant de plus prés, une fois l'étonnement passé, la présence de l'empire se fait de plus en plus ressentir. Des boutiques sobres, afin de coller à l'image de la métropole, mais souvent riches et variées ; De nombreuses tavernes ; et plus intéressant : un joli petit marché. Enfin petit...à vue de nez pas moins de quatre cent échoppes.
Voilà qui fera mon bonheur. Nous resterons un peu plus longtemps que prévu, Estis attendra une semaine...

Estis

Seize jours ont passés depuis que nous avons laissé Fort Gorgoroth et mes transactions plus que fructueuses, et quatre depuis que nous sommes arrivés à la lisière de la foret d'Estis.
Que dire sur cette sylve sinon que...et bien qu'elle n'est rien de moins qu'elfique. Des troncs trois à quatre fois plus épais que ceux des arbres de Balgarth ; une faune et une flore immensément variées ; et surtout, la route mis a part, aucun signe de civilisation... Rien, seulement des arbres, des rivières et de la mousse, jusqu'à un pont finement ouvragé, ou quelques bâtisses apparaissent alors, puis de plus en plus, toutes de bois, pour finalement former la cité d'Estis.
Malgré la hauteur et la densité impressionnante de la végétation, la ville reste magnifiquement éclairée. Elle semble faire parti d’un lieu complètement réinventé, recréé afin que l’on puisse y vivre éternellement et sans encombre… Peu importe dans quelle direction porte mon regard, je ne vois que des merveilles.
Imaginez les plus beaux appartements de la capitale, arrangés bien plus finement et inspirant le calme, le tout en plein milieu d’un bois que personne ne semble pouvoir abîmer…

Je continue vers l’ouest, jusqu'à ce lac d'une eau bleu turquoise, ou une trentaine de navires attendent dans une enclave, qui ne ressemble en rien à un port. Tout n’est qu’esthétique, peut être superficiel, sur l'instant je n’arrive pas bien à distinguer ces deux notions…
Visiblement, le havre n’est relié qu’à un seul autre embarcadère, et doit seulement servir à alimenter la ville en denrées…En effet, aucun champ n’est visible, aucun entrepôt, pas même une seule manufacture…
Seule les bibliothèques, les ateliers d’alchimie, ou les salles d’études fleurissent. Le savoir semble être la seule vocation de ce lieu.
Voilà qui est parfait, nous nous reposerons un peu avant de continuer notre périple.

Nang'Pradou

Nous avons laissé Estis et son lac derrière nous, et avançons maintenant vers notre prochaine destination.
Progressivement, comme pour marquer le passage du voyageur d’un monde à l’autre, la végétation se rabougrit, les troncs deviennent moins épais, le vert des arbres se ternit, les pierres deviennent de plus en plus apparentes…
Bientôt les premières collines, les premières montagnes, les premiers cols enneigés apparaissent au loin; La piste devient caillouteuse et s’affine de plus en plus, très vite, il n’y a plus de place que pour trois hommes de front.
Elle se met à serpenter sur les flancs des montagnes alors qu’en contrebas un torrent esquisse son lit; J’éprouve plus que du vertige en imaginant ma chute, qui au fur et à mesure que notre expédition avance se révélerait plus longue et douloureuse.
Un pont de bois se dessine, enjambe la vallée, soutenu par d’épais cordages goudronnés. Les animaux de bats rechignent, les hommes aussi, car il n’y a de place sur cet édifice que pour deux hommes cote a cote.
Nous en rencontrons encore trois similaires, puis la piste commence seulement à s’élargir.
Des pavés apparaissent progressivement, et bientôt nos pieds foulent une route savamment agencée, ou nous pouvons alors avancer à notre aise. Les premières traces d’activité apparaissent, sous forme de treuils, de tunnels et de mines. Pourtant, la route reste uniforme et ne se divise pas, j’en déduis que ces aménagements ne peuvent être accessible que par la ville. Plus on s’enfonce dans les montagnes, plus l’air est froid et nous sommes alors accueillis par la neige, qui tombe parfois drue pendant plusieurs heures.
Nous parvenons enfin au sommet d’un col particulièrement venteux, je crois d’ailleurs avoir perdu mon chapeau à cet instant, et c’est ici que nous admirons la ville pour la première fois :
En contrebas, sur le flanc opposé de la montagne se dresse la cité de Nang Pradou.
Aménagée sur d’immenses terrasses semi circulaires, la cité est construite dans la symétrie la plus complète. La terrasse principale, au centre, étend sa toile de ponts suspendus sur toutes les terrasses périphériques. Ces dernières, situées sur les cotés, mais aussi en dessous et au dessus de la principale, s’étalent sur plusieurs niveaux.
Plus loin, je peux voir les câblages et les treuils qui se répandent sur la roche taillée ;
Le résultat, sous une couche épaisse de neige est impressionnant. Il nous faut emprunter un autre pont pour atteindre l’autre versant, beaucoup plus large que les précédents. Il débouche sur une petite plate forme sous la cité, puis il y a un escalier étroit et aux marches hautes. Des monte-charges fait de bois, d’acier et de gigantesques treuils bordent cette terrasse de pierres polies, destinés sans aucun doute à l’élévation des marchandises et des hommes vers les premiers quartiers.
On dit que Nang Pradou possède les meilleures brasseries du continent et sa bière naine est réputée dans nombre d'endroits.
Je crois que je vais aller oublier les rigueurs du voyage dans une de ces échoppes…

Le désert de Nan'Sho

La neige a fondu depuis de nombreuses lunes, et le sable ne la remplacé qu'il y a quelques jours. Pourtant, je crois qu'il me dégoûte déjà.
Dans l'air, porté par un vent cinglant, ou sous mes pieds, formant d'énormes mottes de sable, il n’y a aucun moyen de s’en débarrasser.
Notre guide les nomme " dunes ", mais pour moi ce ne sont que des mottes et rien de plus.
Il nous faut parfois plusieurs heures pour en gravir une, et plus encore pour la contourner, le chargement n'aidant pas.
La bière naine n'a pas supporté la chaleur accablante du désert, je me félicite de n'avoir acheté qu'un seul tonnelet.
Chaque matin, je désespère en découvrant cette étendue mornement jaune tout autour de moi. Des bosses succédant à des creux, des creux succédant à des bosses, et ce aussi loin que mon regard puisse porter.
Bizarrement, le vent semble toujours accentuer les inconvénients du voyage ; sec et ensablé le jour, glacé et ensablé la nuit...
Voilà maintenant que le soleil commence à me jouer des tours. Je crois apercevoir des points noirs dans cette étendue jaunâtre ; je regrette que mon chapeau m'ait abandonné devant Nang Pradou...
L'eau vient à manquer, et les points noirs forment peu à peu une tache verte ; Je reste perplexe, la végétation ne prendrait pas la peine de venir grandir ici.
Je ne me rend compte de la véracité de ma vision seulement lorsque mes pieds heurte une racine de l'un des grands arbres que je contemplais niaisement depuis la dune voisine.
Ici, la végétation est abondante, et les larges palmes masquent avec bonté ce soleil de plomb. Les plantes sont hautes, et possèdent d’énormes feuilles d’un vert très foncé. Quelques fleurs d’un rouge magnifique apportent une subtile teinte à ce lieu si attendu.
Plusieurs tentes blanches sont montées de-ci de-là, et une source jaillit du sol au centre de cette végétation. Tous les hommes qui gîtent ici sont des nomades faisant étape, nous entamons des rapports méfiants, mais ils se révèlent très vite d’une générosité et d’une amabilité sans faille ; nous somme tolérés pour la nuit…
Les nomades sont grands et fins, vêtus de robes noires pour la plupart, un large turban protégeant leur visage des assaut du vent. Leur peau est matte, leurs yeux très foncés et leurs traits légèrement anguleux. Ils parlent entre eux un dialecte gutturale, mais maîtrise parfaitement le dialecte commun à l’Empire, avec seulement un léger accent pour les plus doué.
Nous apprenons rapidement qu’ils vivent du commerce et de l’élevage de quelques créatures étranges du déserts. Ce désert qui leur appartient, tout comme ses produits;et ils ne les cèdent pas à bas prix...
Nous reprenons la route très tôt le lendemain matin, et je pense ne pas m’en être trop mal tiré.
Les sourires moqueurs des nomades me désarçonnent quelques instants…Mais je reprend confiance en moi, je suis persuadé que leurs victuailles, qui ne sont pour eux que de simples fruits raviront les plus bourgeois, fiers de mettre un peu d’exotisme dans leur vie…

Thor Nogan

Au fur et à mesure que nous continuons vers l’est, les dunes deviennent de moins en moins hautes et le sable laisse peu à peu la place à une étendue de terre craquelée ocre, nue comme le dos de la main. Le soleil cogne toujours aussi fort, mais au moins je n’ai plus a vider mes bottes toutes les heures, et nous avançons à allure régulière.
Bien évidemment, le voyage aurait été trop agréable si de fréquentes tempêtes de sable n’avaient pas freiné notre marche. Mon guide m’explique que c’est à cause de la proximité des dunes et de la nudité du terrain.
J’ai plutôt tendance à penser que c’est de la faute de ce foutu vent, mais c’est une différence de point de vue.
Finalement, d’énormes blocs de pierre jaillisse du sol et forme une immense chaîne de montagne, totalement dénudée de végétation. Une seule piste s’enfonce à travers l’un des nombreux canyon qui transpercent cette masse rocheuse, un chemin étroit qui se dessine en serpentant dans la roche.
C’est le seul accès pour Thor Nogan par la terre, et je comprend assez bien sa faible fréquentation.
Nous passons près de 4 jours à arpenter les dédales de cette piste vicieuse avant qu’elle ne se décide enfin à gravir l’un des versant de roche nue. Arrivé à mit chemin de la hauteur, une petite voûte est aménagée, et d’énormes portes de fer marquent l’entrée de Thor Nogan. La première trace de civilisation depuis de nombreuses Lunes …
Les gardes qui en surveillent l’entrée sont les archétypes même du nain occidental. Contrairement aux nains des environs de Nang Pradou, à la barbe abondante, aux sourcils broussailleux et aux lourds autours, ceux ci sont beaucoup plus fin que leur confrère du nord, portent une barbe relativement courte et claire et ont eu la bonne idée de se revêtir principalement de robe de toile rêche, décorée par moment de bijoux en fer forgé. En opposition avec les lourdes armures de Nang Pradou, les guerriers de Thor Nogan ne portent presque que du cuir, et la côte de maille reste très rare.
La porte donne accès à un long tunnel aux parois lisses, puis une grande terrasse rectangulaire, d’où l’on peut apercevoir la ville dans son ensemble.
Il n’y a pas de ciel, car la citée est édifiée dans une énorme caverne, l’ouverture sur l’extérieur qui se tient devant nous est tout aussi spectaculaire. Nous tournons la tête à droite et à gauche, et constatons à quel point cette cavité est immense, mais le plus impressionnant, c’est qu’elle semble avoir été creusée … Cette idée nous chamboule l’esprit, et notre imagination ne peut envisager que des dizaines de milliers de pioches aient put travailler près d’un siècle pour aménager ce trou dans la paroi de la falaise.

La mer entre, montant et descendant au fil des marées, remplissant quelques fois la voûte jusqu'à moitié. Les habitations sont construites bien au dessus.
La majorité des maisons de la citée sont troglodytes, et disposent de terrasses extérieures. Des milliers de fenêtre s’ouvrent dans les parois de la caverne, toutes éclairées. La vision de ces milliers de taches oranges qui piquètent la voûte et se reflètent sur l’eau de la mer est un spectacle que je ne serai pas près d’oublier…

En dessous, des centaines de navires sont amarrés à des embarcadères flottants, tanguant au rythme des marées et des vagues. Ce n’est pas pour rien que Thor Nogan passe pour le plus grand port du continent, car c’est uniquement un port. De gigantesques treuils jaillissent des parois et transférèrent les marchandises vers d’énormes entrepôts creusés dans des murs artificiels. A cause de l’énorme différence entre marée haute et marrée basse, les chargements et débarquements ne peuvent s’effectuer qu’à marée haute.

Bon nombre d’autres navires mouillent l’ancre en dehors de la caverne, mais Thor Nogan est un port protégé hermétiquement des intempéries, alors un emplacement à l’intérieur n’est pas de refus pour les capitaines prudents, ou pour un marchand soucieux.

Aucun escalier n’est visible, car toutes les voies de communications sont à l’intérieur même de la montagne, un véritable gruyère … La terrasse où nous sommes arrivés est la plus grande de toute, et fait office de forum en quelque sorte. Les seules boutiques et tavernes extérieures sont ici, et la densité de population est plus forte que n’importe où ailleurs.
Un chef d’œuvre ! Où je risque bien de faire quelques bonnes affaires …

Docks de Shéméres

Enfin, j'y suis !

Notre navire vient d'accoster sur les quais des Docks de Shéméres.
Je marche, profitant de ce sol qui ne tangue plus au grès des vagues.
Je me retourne et regarde notre vaisseau que l'équipage sue à amarrer. Fichu rafiot ! Jamais je ne me ferai au mal de mer... C'est décidé, ce soir sera le premier depuis deux lunes : J'irai à l'une des innombrables auberges chichement meublées de cette ville, et je dormirai dans une bonne couche...rien que le fait d'y penser m'arrache un sourire.

Je reprend ma route, longeant les quais, dépassant toujours plus de ces épais cordages disposés ça et la à flan des entrepôts.
La nuit est tombée depuis déjà une bonne heure, et pourtant l'activité n'a pas semblé diminuer. Toujours autant de charrettes cavalent de bâtiments en bâtiments, les poulies n'ont pas stoppé leur manège, aidant les hommes a hisser d'énormes caisses de marchandises à l'intérieur des bateaux...toute cette activité y est plaisante, l'écume apportant son parfum subtil à cette ambiance.

J'arrive maintenant à l'angle d'une bâtisse, une ruelle s'enfonçant vers le cœur de la ville. Je m'immobilise, fronçant les yeux afin de distinguer plus nettement ce qu'il m'attend.
Il fait très sombre. En effet, chaque bâtiment s'est vu doté d'un grenier afin de stocker toutes les marchandises, et ces greniers augmentant considérablement la hauteur des bâtisses, masquent la lune, l'empêchant d'éclairer les pavés. Même la journée, les rues doivent rester dans l'obscurité.
M'enfin, ce n'est pas la plus grande ville marchande de l'empire pour rien.

Ha ! je commence à y voir... Dans le renfoncement d'un porche, une silhouette se tient droite, un long manteau sombre refermé sur son torse ne faisant voir que de longues bottes de cuir. Son col est remonté, cachant la partie inférieure de son visage. Seul son tricorne, rabaissé vers l'avant et lui masquant ainsi les yeux, laisse deviner ses origines.
Il sort la tète, regarde à gauche puis à droite, et soudain repars plus profondément dans l'ombre. Quelques secondes plus tard, des bruits de pas ordonnés se font ouïr, puis six miliciens apparaissent, passent devant la cachette de l'homme et continuent leur ronde, traçant à coté de moi.
Je ne dis rien...ce ne sont pas mes affaires.
Trois secondes s'écoulent, l'autre ressort de sa planque puis part dans la direction opposée.
Le spectacle ne m'alerte guerre. Voir un Balgarth ici n'est pas étonnant. Cette ville est à quatre vingt dix pour cents contrôlée par le Négoce, transformée ainsi en plaque tournante du commerce de l'empire. Olokar Leïneth n'y a disposé que très peu de troupes et laisse la guilde s'occuper de ses affaires afin de faire fructifier les finances. Alors les Docks de Shéméres sont devenus l'un des points d'ancrage des rebelles pour se glisser sur le continent.

Je m'engage à mon tour, continuant ma route pendant quelques minutes, empruntant toujours plus de ruelles, d'ailleurs beaucoup plus calmes que les quais, s'entrecoupant de n'importe quelle façon. Visiblement, la ville n'a pas été construite selon des règles architecturales ou esthétiques. Son développement a plutôt été fait au mieux pour le commerce, chaque mètre étant occupé par une boutique, une auberge ou un entrepôt. Cependant, le quadrillage anarchique des ruelles a quelque chose de chaleureux.
Même au cœur de la ville, chaque maison comporte un ou plusieurs étages, servant encore et toujours de greniers...

J'arrive enfin devant une petite place d'une vingtaine de pas. A l'autre bout, les fenêtres d'une bâtisse laissent passer de la lumière et par l'une d'elle qui est entrouverte, une odeur de dîner forte agréable s'échappe.
Au dessus de la porte, dont le bois vernis à l'air bien entretenu, une enseigne donne le nom du logis :
" l'auberge de Lutine "

Je tapote ma bourse, ma foi ça m'a l'air pas mal...

" On part d'main ou rien du tout " qu'il m'a dit ce borné de marin...
Il n'aurait même pas pu attendre une nuit.

L'heure du départ est arrivée, mais le seul problème, c'est que comme prévu la tempête se lève...
Nous prenons tout de même le large, impossible de raisonner le bougre, persuadé que le temps ne fera pas " tell'ment des siennes. "
Si j'avais pu louer les services d'un autre équipage pour retourner sur le continent, je n'aurais pas hésité, seulement voilà : nous sommes en plein dans la période ou les bateaux font leur escale aux docks de Shémérès pour préparer l'embarquement des marchandises ; et trouver un navire en partance pour Piksy tient du miracle.
Il nous aurait fallut patienter au moins une lune, chose que je ne peux permettre. Attendre si longtemps nous aurait fait rater l'un des marchés parmi ceux les plus importants de Balgarth, et la moitié de mes sources de revenus auraient périmé.

Nous voguons maintenant depuis un jour, le ciel s'assombrissant toujours plus, le vent se faisant plus violent. Bientôt, la pluie se met à tomber.
Seulement une heure se passe que déjà des vagues trois à quatre fois plus grosse que notre bâtiment nous ballottent sans aucun ménagement...Je maudit ce capitaine, jamais nous ne sortirons de la vivant.
Les heures défilent, la pluie nous fouettant toujours plus le visage ; j'aide tant bien que mal l'équipage, tantôt hissant les voiles, tantôt les rabaissant, et passant le reste du temps attaché au mat pour ne pas finir comme ces deux marins...par dessus bord...

Le bois de la coque craque, de plus en plus malmené depuis huit jours par les flots s'abattants sur les flans du navire, puis rapidement, tout redevient calme, les vagues s'abaissent, le vent se fait doux, la pluie cesse...
J'ai du mal à y croire, nous sommes pour la plupart toujours en vie. Frigorifiés, trempés, mais en vie.
Je ne réalise pas bien ce qu'il vient de se passer, trop heureux d'être toujours de ce monde. Je ne songe même plus à houspiller celui qui nous a mit dans cette galère...
Je ne pense qu'à le suivre jusqu'à sa cabine, curieux de connaître nos nouveaux coordonnés.
Je le regarde prendre un compas, une carte et enfin une boussole, puis je m'adosse contre l'un des murs de la pièce.
Une demi heure plus tard, le verdict tombe : nous venons de dériver de plus de 1000 lieues vers l'est, voilà qui va nous faire perdre quelques jours...
Ce n'est qu'au bout de quelques secondes que je réalise la portée de la nouvelle ; nous ne sommes qu'à deux jours de l'archipel des insoumis...
Comme pour confirmer mes craintes, une voix s'élève sur le pont :

" Navire à bâbord ! "

L'Archipel des insoumis

En moins d'une décile, tout l'équipage se retrouve à l'air libre, s'agglutine au bord du navire et guette celui qui vient à notre rencontre.
Dix minutes plus tard, nous sommes fixés : c'est un pavillon Balgarth qui s'approche...

Chacun retourne à son poste, toutes les voiles sont sorties, nous changeons de cap. Il faut absolument que nous arrivions à distancer nos poursuivants...
De fréquents coup d'œil à l'arrière du bateau me renseignent sur l'avancement de notre situation ; nous perdons du terrain...
Trois heures passent, nous pouvons maintenant distinguer les pirates à bord du vaisseau ennemi ; une demi heure plus tard, nous saisissons toutes les armes possibles...l'assaut est lancé.
Les coques des deux navires se percutent, quelques morceaux de bois volent, les premiers rebelles mettent pied sur notre pont.
Nous nous apprêtons à défendre nos vies lorsque une dizaine de coup de feu retentissent...neuf des nôtres tombent, une tache écarlate grossissant sur leur chemise.
Apres cette rafale, il n'y a plus un bruit de combat, nous sommes tous pétrifiés...le peu d'épées dont nous disposons roule bientôt sur le bois, je pose le harpon dont je m'étais saisit ;nous rendons les armes.
Les pirates envahissent notre navire, fouillent les cabines puis nous emmènent sur leur bâtiment. Nous somme ligotés et enfermés dans une cale. Il n'y a aucun moyen de voir à l'extérieur, mais je peux entendre les crépitements d'un feu, puis un craquement sourd...notre mat vient de céder sous les flammes...
Deux jours passent, nous n'avons eu à manger qu'un morceau de pain.
Nous entendons enfin quelques cris qui ne sont pas familiers en mer ; nous sommes arrivés à destination.
Sans ménagement, je suis poussé sur les quais, puis dirigé en bordure du village. Seule une petite partie de l'équipage part avec nous...nous laissons alors le premier port Balgarth que j'ai traversé de toute ma vie. Ce dernier est comme les six autres que nous " visitons ", fait entièrement en bois, sur pilotis et possédant des embarcadères s'enfonçant d'une trentaine de mètres vers le large.
...
Je suis pieds nus, cela fait quatre jours que nous marchons, mes habits sont sales, je suis exténué...malheureusement, tout cela n'a pas l'air de gêner nos ravisseurs.
Des que je le peux, je tourne mon regard vers la mer...le spectacle est saisissant ; l'eau est d'un bleu turquoise, le sable est fin et parfaitement blond ; si je n'étais pas enchaîné, je pourrais presque me sentir heureux d'être ici...
Depuis que nous sommes partis, nous longeons une jungle tout aussi saisissante. Les arbres sont immenses, tout comme les feuilles d'un vert foncé sans aucune imperfection. De magnifiques fleurs rouges, mauves ou oranges pigmentent le paysage et des lianes tombent d'un peu partout. Quelquefois, nous voyons quelques primates s'y pendre et nous regarder passer notre chemin...

Je n'ai pratiquement plus de force...

Le soir du cinquième jour, nous apercevons enfin Port Kraken, principale ville de l'archipel.
Son exotisme fait tout son charme. Pour ne pas changer des précédents villages rencontrés, tous les bâtiments sont en bois. Par contre, la ville elle est d'une taille digne de notre capitale.
Située dans une crique, le port suit le rivage, formant ainsi un arc de cercle sur plus d'une lieue. Des dizaines de pontons se détachent, auxquels sont amarrés des flottilles impressionnante, pour ne pas dire inimaginable ; pas moins de cents vaisseaux sont à quai. A en croire les dires de nos ravisseurs, des flottes identiques à ce que nous avons sous les yeux sillonnent tous les jours l'archipel de long en large, protégeant ainsi les intérêts des insoumis. Je comprends maintenant pourquoi l'empire n'a jamais pu porter un coup fatal aux rebelles...
Mon regard quitte les quais pour se rapprocher du centre ville. Les bâtisses de bois sont entassées anarchiquement, les tavernes fleurissent, c'est exactement ce que je m'imaginais des cités pirates...
Sauf ce dernier point : en remontant la colline située juste en amont de la ville, de luxueuses demeures apparaissent, toutes plus majestueuses les unes que les autres, s'enfonçant toujours d'avantage dans la jungle.
La cohabitation de la noblesse et des pirates est étonnante ; bien qu'ils ne s'entendent pas toujours, ils semblent tout de même soudés dans leur entreprise...

La pointe d'une rapière me pique le dos, signe que je dois presser le pas. Malgré leurs manières rustres, je ne leur en veut pas plus que ca... leur traitement est exactement le même lorsqu'ils sont fait prisonniers sur nos terres...
Je fais une dizaine de pas, mais mes jambes tremblent de plus en plus. Trois enjambées plus tard je tombe à genoux, le souffle coupé. Je n'arrive presque plus à garder les yeux ouverts, ma respiration est de plus en plus saccadée...

Je me nomme Kabal al Mek, humble marchand du négoce, et plus jamais je ne reverrai les miens et les majestueuses tours de Balgarth, plus jamais je ne reverrai l'immense parc encerclant l'hôtel de ville et les appartements de l'empereur, les places occupées chaque jour par les marchés, les cérémonies et les parades...
Je tombe sur le flanc, le visage en direction de la mer, de mes terres ; une larme coule sur ma joue et je ferme les yeux pour la dernière fois.